Pendant longtemps, la transition écologique des entreprises a ressemblé à un chantier aussi nécessaire que flou. Beaucoup d’intentions, peu de preuves chiffrées. Pour la première fois, les chiffres sont là. Les entreprises ayant bénéficié d’un « Diag Climat » réduisent en moyenne leurs consommations d’énergie de 17 % et voient leur probabilité d’investir dans la transition énergétique augmenter de 18% par rapport à des entreprises comparables. Ces résultats proviennent d’une analyse approfondie menée à partir de données publiques et administratives, croisées sur plusieurs années. En clair, les chercheurs de Bpifrance n’ont pas seulement regardé ce que les entreprises déclaraient, mais ce qu’elles faisaient réellement avant et après avoir bénéficié d’un diagnostic climat.
Des diagnostics climat pour lever les freins à l’action des PME et ETI
Les produits « diags climat » (Diag Eco-Flux et Diags Décarbon’Action) constituent une prestation de conseil personnalisée, financée par l’ADEME et opérée par Bpifrance. Déployés à partir de 2021 et ouverts à l’ensemble des entreprises de moins de 500 salariés, ils consistent en la fourniture subventionnée d’un bilan des émissions carbone (Diag Décarbon’Action) ou des flux de matière, d’eau et d’énergie (Diag Eco-Flux), et en la constitution d’un plan d’action pour les diminuer. Le produit a connu une dynamique de croissance de 2021 à 2024 (2 800 bénéficiaires en 2024).
Mesurer ce que les entreprises font réellement, avant et après le diagnostic
Cette étude permet donc d’évaluer l’impact de la souscription d’un produit « Diag climat » pour les bénéficiaires. Elle permet notamment de mettre en évidence un lien de cause à effet, additionnel aux investissements et économies d’énergie qui auraient été entrepris sans diagnostic. C’est la première fois qu’une analyse est ainsi menée à partir de données concrètes sur un programme de ce type destiné aux entreprises.
Trois effets mesurables et attribuables aux diagnostics climat
Jusqu’à –17 % de consommation énergétique grâce aux diagnostics
Les entreprises accompagnées consomment, en moyenne, 17 % d’énergie en moins que des entreprises comparables non accompagnées. Cette baisse se traduit, naturellement, par une économie moyenne de 23 000 euros sur la facture énergétique (sur une période moyenne d’un an et demi, sur le profil type moyen d’une entreprise industrielle de 32 M€ de chiffre d’affaires annuel).
+18% : Un effet levier clair sur la probabilité d’investir dans la dépollution
Les diagnostics s’accompagnent très rapidement d’un déclenchement de nouveaux investissements « verts » (tels que mesurés par l’enquête ANTIPOL de l’INSEE). La probabilité d’avoir un investissement spécifique anti-pollution (hors études) augmente de 7,5 points de pourcentage, une variation supérieure de 18 % à celle des entreprises non traitées. Cet effet pointe vers un effet catalyseur du programme.
Lecture : en moyenne, un an après sa souscription, les bénéficiaires de Diags augmentent de 12 points de pourcentage % leurs investissements anti-pollution.
Sources et champ : enquête EACEI et enquête Antipol 2017-2023, données Bpifrance, Champ des établissements industriels entre 10 et 500 employés, nombre d’observations total total : 77361 ; nombre d’unités traitées distinctes : 1721)
Des changements de pratiques durables, au-delà du seul diagnostic
Les effets sur la consommation d’énergie se renforcent année après année, ce qui témoigne d’investissements et de changements de comportement pérennes adoptés par les entreprises.
Un outil particulièrement pertinent pour les PME et ETI industrielles
Derrière ces chiffres, une logique simple se dessine. Les diagnostics Eco-Flux et Décarbon’Action sont des produits fortement souscrits, dont le champ s’élargit d’année en année (que ce soit en nombre d’entreprises ou de nouveaux clients Bpifrance), avec plus de 2 500 bénéficiaires en 2024. Les bénéficiaires de ces diagnostics, majoritairement des PME et ETI (plus de 90 %), appartiennent, pour 37 %, au secteur des industries manufacturières. Par ailleurs, 25% des ETI françaises de l’industrie et du commerce ont souscrit un DIAG.
Au-delà de l’effet positif de l’intervention publique, l’étude montre que fournir aux entreprises une information claire, ciblée et adaptée à leur situation joue un rôle clé dans leur transition. Plus largement, elle s’inscrit dans un ensemble de travaux et d’actions qui soulignent l’importance du soutien non financier, en particulier le conseil et l’accompagnement, pour renforcer la compétitivité des entreprises (les accélérateurs de Bpifrance ayant par ailleurs fait l’objet d’une précédente évaluation par les équipes de Bpifrance le Lab).
De manière générale, cette étude d’impact des « Diags » du plan climat porte exclusivement sur les installations industrielles. Par ailleurs, les données mobilisées ne couvrant la période que jusqu’en 2023, les résultats sont plus robustes pour les entreprises et les dispositifs disposant d’une plus grande antériorité, en particulier les diagnostics Éco-flux.
Ces premiers résultats pourront être consolidés et précisés à l’avenir grâce à l’exploitation d’autres sources de données et à un recul temporel plus important.
Pour aller plus loin et accélérer la décarbonation, découvrez les diagnostics Décarbon’Action.
Encadré méthodologique
- Sources de données : données de l’INSEE issues de l’EACEI (Enquête sur les consommations d’énergie dans l’industrie) et d’Antipol (Enquête sur les investissements, études et dépenses antipollution dans l’industrie), couplées aux données administratives de Bpifrance.
- Périmètre et nombre d’observations : l’analyse porte sur les établissements industriels comptant entre 20 et 500 salariés, observés sur la période 2017‑2023. Le nombre total d’observations est de 966 bénéficiaires pour l’enquête EACEI ; 1721 bénéficiaires pour Antipol.
- Méthodologie : les résultats reposent sur un modèle de doubles différences de type « Callaway et Sant’Anna (2021) », permettant de corriger les biais de sélection dans l’accès au programme. Les estimations sont ajustées pour le secteur d’activité et la région d’implantation de l’établissement.