L’entrepreneuriat féminin poursuit sa progression en France. Dans son volet consacré aux femmes, l’Indice Entrepreneurial Français (IEF) 2025, fondé sur une enquête réalisée par l’Ifop pour Bpifrance Le Lab auprès de 5 500 Français, confirme une dynamique positive : de plus en plus de femmes envisagent, lancent ou ont déjà porté un projet entrepreneurial. Mais cette progression reste fragile, freinée par des obstacles structurels et personnels qui continuent de peser sur la concrétisation des projets.
Les femmes se tournent de plus en plus vers l’entrepreneuriat
En 2025, près de 8 millions de Françaises de plus de 18 ans sont engagées dans la chaîne entrepreneuriale, que ce soit en tant qu'intentionnistes, porteuses de projet, cheffes ou ex-cheffes d’entreprise. Cela représente 3 femmes sur 10, contre 2 sur 10 en 2018.
Cette évolution témoigne d’un changement continu des mentalités : l’entrepreneuriat apparaît de plus en plus comme une option professionnelle crédible pour les femmes. Un quart d’entre elles considère aujourd’hui que travailler à son compte constitue le meilleur choix de carrière, une proportion en hausse depuis 2021.
La trentaine est un moment charnière dans le parcours entrepreneurial des femmes
Si les femmes de moins de 30 ans expriment autant, voire davantage, d’intentions entrepreneuriales que les hommes, la dynamique s’essouffle à partir de la trentaine. L’envie d’entreprendre y chute de moitié et les femmes deviennent proportionnellement moins nombreuses que les hommes à porter un projet ou à diriger une entreprise.
Ce décrochage, moins marqué chez les hommes, contribue largement au maintien d’un écart de genre dans l’entrepreneuriat. Il souligne l’existence de contraintes spécifiques qui pèsent davantage sur les trajectoires professionnelles féminines à ce moment de la vie.
Les motivations et les freins diffèrent selon le genre
Les motivations à entreprendre diffèrent sensiblement entre les femmes et les hommes. Mais quel que soit le genre, le besoin d'indépendance reste la motivation première. On évoquent également la volonté de changer de métier ou la recherche d’une plus grande stabilité professionnelle.
Cette aspiration s’explique aussi par un rapport critique au travail salarié : davantage de femme que d'hommes estiment que leur vie professionnelle actuelle ne leur convient pas pleinement( 3 sur 10 vs 2 sur 10), ce qui peut nourrir leur envie de créer leur propre activité.
Dans le même temps, plusieurs freins persistent. Les femmes expriment davantage d’inquiétudes liées au niveau de revenu retiré de l'activité, à la complexité administrative ou à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Elles quittent également plus souvent l’écosystème entrepreneurial après une cession ou une cessation d’activité, notamment pour des raisons économiques ou de santé.
Financement et accompagnement : les écarts sont toujours présents
L’accès aux ressources constitue un autre point de différenciation. Les femmes sollicitent moins fréquemment que les hommes un financement externe ou un accompagnement pour le développement de leur projet.
Aujourd’hui, un quart des cheffes d’entreprise a bénéficié d’un accompagnement et d’un financement, contre un tiers chez les hommes. Pour les porteuses de projet, les principales raisons de report ou d’abandon restent le manque de financement et l’absence d’accompagnement professionnel.
Un potentiel entrepreneurial encore sous-exploité
Pour Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, « la tendance est claire : les femmes veulent entreprendre, et le compteur avance chaque année. Il faut continuer nos efforts collectivement pour qu'entreprendre au féminin devienne entreprendre tout court. Il nous faut davantage de modèles, encore plus de sensibilisation, et donner plus de visibilité à ces femmes qui ont décidé un jour de prendre les commandes d’une entreprise ».
L’étude montre que l’exposition à l’entrepreneuriat, en particulier la présence d'un chef d'entreprise dans l'entourage (rôle modèle) et la sensibilisation, est un facteur puissant d'engagement entrepreneurial qui peut concourir à la réduction des écarts de genre.
Méthodologie
L’Indice Entrepreneurial Français (IEF) repose sur une enquête réalisée par l’Ifop pour Bpifrance Le Lab auprès de 5 500 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).
Le terrain d’enquête a été mené en ligne du 13 au 26 juin 2025. L’étude vise à mesurer l’implication entrepreneuriale et la culture entrepreneuriale en France à travers plusieurs profils : intentionnistes, porteurs de projet, chefs et ex-chefs d’entreprise.
Ces données permettent de suivre l’évolution des comportements entrepreneuriaux et d’identifier les leviers susceptibles de renforcer l’entrepreneuriat féminin en France.