Chiffres clés

Bpifrance Le Lab livre son analyse du contexte économique mondial et français

La guerre en Iran tend les économies mondiale et française et fait planer le risque d’inflation grandissante. Nos économistes décryptent la situation.

Publié le

11 juin 2026

- Mis à jour le 15 juin 2026
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Temps de lecture : 8 min

Nos économistes font le point sur la situation et les perspectives macroéconomiques mondiales et françaises à court et moyen terme. On y retrouve également une analyse de contexte de marchés sur lesquels se positionne Bpifrance : le financement et la garantie, l’investissement, l’assurance-export, le crédit-export et enfin la création d’entreprises.

L’ECONOMIE MONDIALE EST SOUS TENSION

Le conflit au Moyen-Orient affaiblit la croissance mondiale en 2026

Le blocage du Détroit d’Ormuz et les attaques sur les infrastructures énergétiques ont fait passer le prix du baril de Brent de 62 $ en décembre 2025 à 104 $ en moyenne entre mars et mai 2026. Ce choc énergétique se traduit par une nouvelle poussée de l’inflation et fait craindre un durcissement des politiques monétaires. Au fil des derniers mois, les instituts de prévisions ont ainsi baissé leurs prévisions de croissance. Le Fonds Monétaire International anticipe désormais une croissance mondiale de +3,1 % en 2026, soit une révision à la baisse de 0,3 point par rapport la croissance qui aurait prévalu en l’absence de conflit. Toutefois, l’exercice de prévision s’avère difficile cette année, car tributaire de la durée du conflit et de son intensité.

Les droits de douane américains, le risque de bulle tech aux Etats-Unis et les déficits publics sont d’autres sources de déstabilisation de l’économie mondiale

Les droits de douane américains restent plus élevés qu’avant le début du 2e mandat de D. Trump, malgré l’annulation des tarifs réciproques par la Cour Suprême en février dernier. Si leur effet sur le commerce mondial n’est pour l’instant que modéré, le manque de visibilité sur leur évolution future continue d’alimenter le climat d’incertitude.

Du côté des marchés financiers, plusieurs risques émergent. Aux États-Unis, les valorisations dans le secteur de la Tech s’avèrent élevées, tandis que certains doutes sont apparus sur la qualité des actifs détenues par certains grands gestionnaires de fonds spécialisés dans le crédit privé. À l’échelle plus global, les déficits publics seraient encore à des niveaux dégradés en 2026 et continueraient d’exercer une pression haussière sur les taux d’intérêt.

LA GUERRE EN IRAN EXPOSE LA FRANCE À UNE INFLATION PLUS ÉLEVÉE ET À UNE CROISSANCE AFFAIBLIE

L’économie française subit aussi le choc sur les prix de l’énergie

Le nouveau choc énergétique initié par le conflit au Moyen-Orient est de bien moindre ampleur que celui provoqué par la guerre en Ukraine. Les TPE / PME interrogées dans le baromètre Bpifrance Le Lab-Rexecode du 2e trimestre 2026 rendent ainsi compte d’un impact limité en moyenne sur la trésorerie et les investissements.

Toutefois, certains secteurs sont particulièrement exposés à la hausse du prix des hydrocarbures en particulier les services de transport, l’agriculture et la pêche. Du côté de l’industrie, la chimie et la cimenterie / verrerie y sont également sensibles, en dépit des efforts de réduction de leur consommation d’énergie ces dernières années.

Ce choc énergétique intervient par ailleurs dans un contexte où l’industrie manufacturière française est en perte de vitesse : les ouvertures nettes d’usines ralentissent sensiblement et l’emploi salarié diminue.

En 2026, la croissance française serait de l’ordre de +0,7 % ou +0,8 %

Le scénario de croissance pour la France est tributaire de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et des prix de l’énergie :

  • Dans un scénario de désescalade rapide, portant le prix du Brent à 85 $ le baril en moyenne en 2026, la croissance française pourrait être de l’ordre de 0,8 %,
  • Si le conflit persiste et que le prix du pétrole dépasse durablement 100 $, elle pourrait chuter entre 0,3 % et 0,6 %. Les prévisions les plus pessimistes envisagent ainsi la possibilité de trimestres de croissance légèrement négative en cours d’année.

En outre, le contexte budgétaire constitue un facteur baissier important sur le scénario de croissance à court et moyen terme. L’objectif de retour à un déficit public inférieur à 3 % du PIB à l’horizon 2029 pourrait en effet coûter plusieurs dixièmes de points de croissance chaque année jusqu’à cet horizon.

La France dispose néanmoins d’atouts

L’export pourrait être la planche de salut des entreprises françaises

L’export est un puissant levier de diversification et de croissance en ces temps troublés. D’après l’édition 2026 de notre baromètre export, les PME exportatrices ont eu une activité plus résiliente en 2025 que les non-exportatrices, et ont fait part de perspectives pour 2026 plus favorables. L’export constitue un relais de croissance d’autant plus pertinent que certaines zones géographiques continuent d’afficher une croissance élevée malgré les chocs (notamment du côté des pays émergents d’Asie).

L’export favoriserait l’activité de certains secteurs au cours des prochaines années. C’est le cas en particulier de la Défense : la hausse généralisée des dépenses en matériels militaires, notamment des pays européens, se reporte notamment vers les entreprises françaises et alimentent leurs carnets de commandes.

Les Français entreprennent plus que jamais

La création d’entreprises en France a atteint un nouveau record historique en 2025, notamment porté par les micro-entreprises. Près de 1,2 million d’entreprises ont été créées sur la seule année 2025. Ce qui représente un doublement du nombre par rapport à 2015. Cette bonne dynamique est en partie motivée par un cadre réglementaire plutôt favorable, comprenant notamment des mesures de simplification des démarches et d’aide aux créateurs/repreneurs. Un point de vigilance subsiste : les défaillances d’entreprises restent à un niveau élevé.

Les PME françaises continuent de déployer l’IA

Les entreprises françaises accélèrent leur adoption de l’IA : 55 % des TPE et PME déclarent recourir à des intelligences artificielles génératives, une proportion en très forte progression sur un an (31 % fin 2024, 15 % en 2023). En particulier, la part des TPE et PME qui l’utilisent régulièrement progresse de 11 points sur un an et atteint 17 %.

Les TPE/PME ayant recours à l’IA perçoivent déjà quelques effets positifs, sur la productivité de leurs salariés essentiellement. D’ailleurs, plus les usages de l’IA sont avancés au sein de l’entreprise, plus les impacts de l’IA, visibles et anticipés, sont marqués et positifs en ce qui concerne le chiffre d’affaires, la rentabilité, ou encore la productivité des salariés.

ZOOM SUR LES MARCHES DU FINANCEMENT ET DE L’INVESTISSEMENT

La production de crédits est en hausse

La production de crédit aux entreprises a connu une hausse de 9 % en 2025 par rapport à 2024, dans un contexte de poursuite de la baisse des taux d’intérêt. Les conditions d’octroi de crédit sont restées stables, seulement 11 % des PME interrogées déclaraient des difficultés pour financer leurs investissements en novembre 2025. Dans ce contexte, les banques françaises ont affiché de bons résultats, avec une hausse de leur produit net bancaire et de leur résultat net.

Les marchés du capital investissement et développement connaissent des remous

En revanche, le marché français du capital-investissement est en baisse en 2025. Les investissements en capital-risque ont reculé de 5 %, avec une baisse de 15 % du nombre d’entreprises investies. Les secteurs des logiciels (dont l’IA), des sciences de la vie et des technologies tirent leur épingle du jeu, tandis que les investissements dans les greentech et les fintech sont en repli. La France conserve sa deuxième place européenne en montants levés par les startups, derrière le Royaume-Uni et presque à égalité avec l’Allemagne. Du côté du capital développement, les montants investis sont en baisse en 2025, de même que le nombre d’opérations.

L’assurance-crédit reste dans l’expectative

Après une réduction des indemnités en 2025 selon l’Union de Berne, les assureurs se montraient optimistes concernant l’évolution des opérations à court terme. Cependant, 2026 risque d’être plus difficile que prévue en raison de la dégradation de la situation géopolitique, avec une hausse attendue des sinistres.

LE MOT DE LA FIN

« Les défis sont certes nombreux, mais plus que des difficultés conjoncturelles passagères, c’est surtout le monde qui change sous nos yeux. Nos TPE, PME et ETI sont bien armées pour y faire face, et elles résistent plutôt bien dans l’ensemble. La situation française étant caractérisée par des perspectives budgétaires dégradées, qui contribuent à peser sur la demande intérieure, c’est plus que jamais le moment d’aller chercher des relais de croissance à l’international ».
Philippe Mutricy, directeur des Etudes de Bpifrance

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Note d’analyse macroéconomique 2026

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